Au cours de la seconde moitié du XXe siècle, les questions environnementales se sont progressivement imposées au cœur des politiques publiques européennes. Si les entreprises ont souvent été présentées comme des acteurs majeurs de la dégradation de l’environnement, leurs réponses à l’essor des réglementations environnementales demeurent encore insuffisamment étudiées. Ce projet propose une analyse historique de la manière dont les organisations faîtières représentant les intérêts économiques en Europe occidentale ont réagi à l’émergence de la gouvernance environnementale, ont tenté de l’influencer et ont contribué à la façonner entre 1945 et le milieu des années 1990.

Au-delà d’une vision réductrice qui opposerait systématiquement les milieux économiques à toute forme de réglementation, le projet met en lumière les dimensions stratégiques, politiques et institutionnelles de l’engagement des entreprises dans les questions environnementales. L’étude porte sur cinq grandes organisations patronales nationales : le BDI (Allemagne), le SHIV (Suisse), le CBI (Royaume-Uni), le CNPF (France) et Confindustria (Italie). Elle analyse la manière dont ces organisations ont défini les enjeux environnementaux, réagi aux initiatives réglementaires et cherché à influencer les politiques publiques aux niveaux national et supranational. Ces fédérations regroupaient une grande diversité d’entreprises, comprenant notamment des chambres de commerce régionales et des associations sectorielles confrontées à des défis variés liés à l’apparition de nouvelles réglementations environnementales. Le projet examine les enjeux politiques et économiques de ces réglementations pour les entreprises, notamment les risques pour la rentabilité, les inégalités entre secteurs économiques et les effets concurrentiels des normes nationales et internationales. L’analyse s’intéresse également à la manière dont ces organisations ont élaboré des positions communes malgré la diversité des intérêts qu’elles représentaient, ainsi qu’à leur participation aux réseaux européens tels que le Conseil des fédérations industrielles d’Europe (CEIF) et l’Union des confédérations de l’industrie et des employeurs d’Europe (UNICE). Une attention particulière est accordée aux années 1970, période durant laquelle les questions environnementales se sont institutionnalisées avec la création de ministères de l’environnement dans de nombreux pays européens. Cette phase marque une évolution des stratégies patronales, qui passent de discussions techniques sectorielles portant notamment sur la pollution de l’eau, de l’air ou des sols à une implication plus large dans l’élaboration des principes et des cadres de la politique environnementale.

Le projet poursuit quatre objectifs principaux :

  • Analyser la manière dont les organisations patronales ont coordonné leurs réponses politiques face aux réglementations environnementales, tant au niveau national qu’européen ;
  • Évaluer la diversité des réponses nationales et comprendre comment les contextes institutionnels propres à chaque pays, tels que la tradition française de planification économique, la politisation des mouvements écologistes en Allemagne ou la démocratie directe en Suisse, ont influencé les stratégies des organisations patronales ;
  • Examiner le rôle de ces organisations dans la définition de concepts centraux de la gouvernance environnementale, tels que le principe du « pollueur-payeur » ou celui des « meilleures technologies disponibles », ainsi que dans leur mise en œuvre ou leur contestation au sein des réglementations ;
  • Contribuer à l’histoire des entreprises et à l’histoire politique de l’environnement en mettant en évidence l’influence des acteurs non étatiques dans la définition des cadres réglementaires et dans la promotion de mécanismes alternatifs tels que l’autorégulation ou les incitations financières.

La recherche adopte une approche historique et comparative fondée sur l’exploitation de sources archivistiques issues de cinq contextes nationaux. Elle repose principalement sur l’analyse de documents internes produits par les principales fédérations économiques, permettant d’étudier en détail leurs stratégies, leurs discours et leurs pratiques de lobbying. Une attention particulière est accordée à l’évolution de leurs positions au fil du temps, notamment lors des périodes d’intensification de la réglementation et de transformation institutionnelle, comme la création des ministères de l’environnement ou le développement des politiques environnementales de la Communauté européenne. L’étude analyse également les interactions entre les organisations patronales nationales et les structures européennes telles que le CEIF et l’UNICE, afin de comprendre comment la coopération transnationale et les échanges d’expériences ont contribué à l’élaboration des positions politiques communes. Elle examine enfin la manière dont ces organisations ont produit et mobilisé une expertise destinée aux responsables politiques et ont participé à la définition, à la diffusion ou à la contestation des normes environnementales. À travers cette approche, le projet ouvre la « boîte noire » des intérêts économiques organisés et met en évidence la complexité de leur influence sur la gouvernance environnementale en Europe occidentale.

Membres associés

  • Dr. Michele Sollai: chercheur postdoctoral associé au projet du 1er mars 2025 au 28 février 2026. Il est actuellement chercheur senior FNS Ambizione à l’Institut d’études européennes globales de l’Université de Bâle.

Durée du projet

01.03.2025 - 28.02.2029

Collaborateurs

Prof. Dr Sabine Pitteloud
Prof. Dr Sabine Pitteloud
Dr Alessandro Ambrosino
Dr Alessandro Ambrosino
MA Naomi Denzer
MA Naomi Denzer
Bsc Michal Roost
Bsc Michal Roost

Institution principale

Research project funded by the Swiss National Foundation  “Organised Business and Environmental Governance in Western Europe [1945-1995]”

Principal investigator: Prof. Dr. Sabine Pitteloud