Théorie du droit et innovation

Titre du module Théorie du droit et innovation
Chargé-e de cours
Assistant-e
Répétition du module Semestre d'automne
Public-cible Etudiant-e-s dès le semestre 2
Crédits ECTS 6
Description

Et si la théorie du droit avait commencé en Suisse, dans une bibliothèque suisse, la bibliothèque de Friedrich Nietzsche, quand ce dernier lisait et annotait scrupuleusement les premiers ethnologues et anthropologues allemands du droit adoptant une perspective comparatiste – et si, donc, la théorie du droit, en s’attaquant à la fabrique du droit de tous les jours, avait constitué le stade le plus embryonnaire du nihilisme juridique, soit du droit en particules ? Il s’agira dans ce cours de réfléchir à ce que l’on pourrait appeler « l’éclatement du droit », cet éclatement se manifestant dans les codes, doctrines et jurisprudences qui ne cessent de proliférer - cet éclatement s’amplifiant aussi par les machines, le numérique, le monde de l‘innovation technologique.

 

Mais, pour le dire d’emblée : le droit, incompréhensible car contradictoire en pratique, est indéniablement - quoi qu’en dise la théorie des systèmes fonctionnels à la Niklas Luhmann -, dit, repris, exprimé par des hommes. Le droit est un jeu discursif de sociétés d’hommes. Le droit est ce que les hommes en font. Longtemps, juristes, historiens, théoriciens et sociologues – ne parlons pas des biologistes – ont posé l’homme à l’arrière-plan, ils l’ont même fait disparaître. Dans les dogmatiques de toutes les couleurs, la chair humaine n’a pas de place, en tout cas pas une place désirable, on le sait depuis l’apparition de Shylock sur scène. La disparition structuraliste, poststructuraliste, postmoderne, discursivo-théorique de l’homme est certes une image excessive. Mais la prise de distance des sciences à l’égard de l’homme demeure. Et elle est renforcée par les nouvelles „legal tech’s“. On fragmente l’homme pour l’analyser, on le classe pour le désindividualiser, on le décompte pour l’inclure (ou l’exclure), on le compte pour le juger. On élimine de notre monde positiviste (scientifique, juridique et technologique) les traces de l’énigme, du mystère, de l’incompréhensible. Mais l’homme, c’est un cas. Le droit se manifeste dans le cas. Et les cas – c’est le droit. La casuistique des fragments humains nous conduit vers un paysage en ruines des mots et des actes des hommes, un paysage dans lequel plus rien ne sauve de l’horreur des nuits. Cette horreur est écartée, éliminée par la science, le dogme, la science dogmatique et innovatrice, qui – pour reprendre un mot de Georges Bataille – nous a transformés « en comptables si magnifiques ».

Lectures recommandées

- Olivier Cayla et Rainer Maria Kiesow (dir.), Grief - Revue sur les mondes du droit, éd. EHESS, Paris.

- Rainer Maria Kiesow, L’unité du droit, éd. EHESS, Paris 2014.

- Carl Schmitt, Loi et jugement. Une enquête sur le problème de la pratique du droit, éd. EHESS, Paris 2019.

- Alain Supiot, La gouvernance par les nombres, Fayard Paris, 2015.

 

Des indications de lectures particulières suivront le temps venu, au fur et mesures du déroulement du cours.

Pour ceux et celles qui ont le temps et l’envie de s’y consacrer, voici déjà la liste des ouvrages littéraires qui seront étudiés lors des séances en présence.

 

- Honoré de Balzac, Le colonel Chabert

- Franz Kafka, Le Procès

- Franz Kafka, La Colonie pénitentiaire

- Herman Melville, Bartleby le scribe

- William Shakespeare, Le Marchand de Venise

- Mary Shelley, Frankenstein ou le Prométhée moderne

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